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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 15:35

C’est l’histoire d’un mec, qui sur l’insistance de sa femme voulant creuser un trou pour conserver les patates dans sa cave, transforme le modeste orifice en temple troglodyte de 21 mètres de profondeur (l’équivalent d’un immeuble de 7 étages !) sous sa maison… En 1983, Levon ARAKELYAN est un modeste manoeuvre dans le batiment et fait des va-et-vient de plusieurs mois entre l'Arménie et la Russie. Il reçoit soudain la visite d’un ange éblouissant et architecte en chef dans sa modeste maison de Arinj, proche banlieue de Erevan. L’ordre de l’ange est clair (sous la dictature, ça rigole pas...) : «  Je te confie un boulot – tu vas vivre 96 ans et des images vont t’apparaître pendant toutes ces années. Respecte ces ordres scrupuleusement - Constuit moi une cathédrale !». La spiritualité c’est bien beau en URSS athée - le temple attendra, mais en cette période de disette soviétique, sa femme Tosya se fait plus insistante « J’ai besoin d’un trou pour bien conserver les patates pendant l’hiver ». Deux ans plus tard en 1985, pour calmer son épouse Tosya devenue sérieusement menaçante, il prend son courage à deux mains et creuse le dur basalte de sa cave que tout le village juge impénétrable. Avec trois verres de cognacs arménien, l’œuvre est plus facile – le trou à patates est achevé mais sa peine n’est pas terminée - l'ange n'a pas la mémoire courte. Surprise, l’ange revient en le rappelant à l’ordre et sa vie bascule définitivement. Il démissionne de son boulot pour désormais ne plus  se consacrer qu’à l’exécution du plan divin dans sa maison : creuser une cathédrale souterraine. Sa femme ramenera la pitance mais le salaire de Levon en moins, il n’y a plus de patates pour sa famille de 4 enfants qui s’enfonce dans la misère. Plutôt que de s’élever alors vers le ciel, Levon creuse, creuse et creuse encore  17 heures par jour. La famille survit tout juste.  Mais sa force est surnaturelle, il creuse, creuse, creuse – à la force unique de sa main et sculpte cavités, chapelles, croix, alcoves…. Fort ému, Boris ELTISNE (après une visite à l’usine de Cognac Arménien ARARAT) en visite à Erevan lui offre de beaux outils bien plus pratiques. Conservés religieusement, Levon ne s’en servira jamais – il continue avec acharnement avec ses maigres ciseaux et marteaux. 24 ans après l’apparition de l’ange et une famille qui s’enfonce encore plus dans la pauvreté, le chef d’œuvre est magnifique – une véritable merveille souterraine. « Tout me vient en rêve pendant la nuit et au réveil, mon travail de la journée est très clair et chacun des centimètres est conforme au plan” dit Levon « Je ne veux pas sortir de cette cave, ce lieu est le mien et ma vie spirituelle est désormais totalement séparée du monde séculaire et ses problèmes ». Entre-temps, il évacue du sol plus de 450 camions de pierre et terre pour son œuvre en ayant bien en tête d’exécuter une cathédrale souterraine de 74 cavités – « Conformément à l’ordre » dira t-il. Impossible, la mort l’a emporté en février 2009 soit 30 ans avant ses 96 ans annoncés par l’ange qui n'aura ainsi pas tenu parole alors que Levon, lui - a bien joué le jeu - scrupuleusement ! Levon n'aura alors achevé "que" 8 pièces cavités (et tout autant de couloirs et escaliers) - un travail de titan. Sa veuve Tosya que j’ai eu l’honneur de rencontrer est évidemment inconsolable...(photo ci-contre, devant une autre oeuvre de Levon : le mythique Mont Ararat pardi !). Depuis, plus de 40 000 visiteurs sont venus découvrir l’œuvre de son défunt mari. La famille est définitivement sortie de la misère - n’a jamais pu s'offrir autant de patates et de capacité de stockage sous leur modeste demeure et merveilleux jardin…mais Levan n'est plus là. Cette histoire est belle et triste. Des gens forts simples pour une vie et oeuvre extra-ordinaires.Venez visiter cet endroit, Tosya a besoin de comprendre que son mari a bel et bien réalisé une oeuvre prodigieuse de sa vie comme du sous-sol de sa maison modeste pour la postérité.  Merci Tosya de ton émotion et la bonté de ton accueil. Ton Levon a été un être extraordinaire. That’s all folks - c'est en Arménie.

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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 20:53

L’âme iconoclaste de l’Espagne s’est illustrée via Dali, celle de l’Italie via Fellini, la Française via Cocteau. Complétons cette famille de doux fabuleux par un détour en Arménie. Et si la « movida caucasienne » qui prend son envol depuis quelques années avait commencée par Parajanov ?

Coup de foudre au Musée Parajanov de Erevan/Arménie
www.parajanovmuseum.am. Suivez le guide…. Né le 9 janvier 1924 à Tbilissi en Géorgie, mort le 20 juillet 1990 à Erevan en Arménie, Sergey PARAJANOV est un réalisateur qui fut controversé en Union Soviétique, mais très défendu et apprécié par les cinéphiles occidentaux. Sans connaître la langue de ses ancêtres arméniens, ni leur pays, Paradjanov va graduellement s’éloigner de la grammaire soviétique pour élaborer une œuvre cinématographique en prise directe avec les traditions des régions caucasiennes où il tourne. Artiste pluriethnique, musicien, plasticien, peintre, il doit en partie sa tournure d’esprit au fait que son père, Iossif Paradjanian, était antiquaire. Un contact précoce avec les objets d’arts a façonné son imaginaire et son goût pour les collections. Il a inspiré sa pratique stakhanoviste des collages, qui tiennent à la fois de l’art conceptuel et du folklore naïf ; des films compressés en quelque sorte, que Paradjanov bricolait lorsqu’il ne pouvait pas tourner (en prison notamment). Sa vie et son art étaient mêlés. Sa maison familiale de Tbilissi, ouverte aux hôtes de passage, était un grand capharnaüm où s’entassaient décors, costumes et objets d’art hétéroclites. Ses films singuliers sont souvent influencés par la diversité ethnique de sa région natale le Caucase et mêlent réalité sociale, folklore, légendes et chamanisme. Si cet artiste hors catégorie jouit alors d’une certaine notoriété, c'est moins pour son œuvre que pour son statut politique. En décembre 1973, les autorités soviétiques le condamnent à cinq ans de travaux forcés. Paradjanov fait la une des journaux lorsqu’il est incarcéré en Ukraine en 1974 pour « commerce illicite d’objets d’art, homosexualité et agression sur la personne d’un fils de dignitaire du régime », les médias, les comités se mobilisent (en France, Yves Saint-Laurent, Françoise Sagan, et surtout Louis Aragon, montent au créneau). Le pouvoir reproche implicitement au cinéaste de promouvoir le nationalisme. À l’époque, il a déjà tourné l’essentiel de son œuvre : six longs métrages. Il ne passe que quatre ans en prison. Au sortir de sa détention, il réalise des collages et produit un grand nombre de dessins abstraits. Mais il sera à nouveau incarcéré. Ses divers séjours en prison s’achèvent en 1982. Il en revient malade (diabétique, cancéreux). Mais, soutenu par plusieurs intellectuels, il réussit à tourner deux films : La Légende de la forteresse de Souram (1985) et Achik Kérib (1988). La Légende de la forteresse de Souram est tirée d’une nouvelle du Géorgien Daniel Chonkadzé selon laquelle une forteresse ne peut être sauvée de la ruine que si un homme y est emmuré. Achik Kérib, tiré d’une nouvelle du poète russe Mikhail Lermontov, rappelle les contes des Mille et une nuits : un jeune troubadour pauvre tombe amoureux de la jolie fille d'un riche marchand. Pour pouvoir l’épouser il décide de faire fortune en parcourant le monde… Vous voulez sentir et comprendre le Caucase éternel tout autant que  l'Arménie cosmopolite ? Le Musée Parajanov doit être votre première visite dès votre sortie de l'aéroport de Erevan !

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